Vous venez de créer votre auto-entreprise en électricité, ou vous y pensez. Vous regardez les forums, les groupes Facebook, et tout le monde dit quelque chose de différent. 30 € de l'heure pour certains. 50 € pour d'autres. La vérité, c'est que les deux sont défendables, mais pour des raisons opposées : l'un facture pour survivre, l'autre facture pour vivre.
Ce guide vous donne les vraies fourchettes 2026 par profil, le calcul du taux horaire net après URSSAF et franchise TVA, l'impact de l'ACRE en première année, et un exemple chiffré pour viser un revenu décent.
Les fourchettes constatées sur le marché en 2026
Voici les tarifs horaires HT relevés sur le marché français début 2026, par profil et zone géographique.
| Profil | Province | Île-de-France / PACA |
|---|---|---|
| Auto-entrepreneur débutant (moins de 2 ans) | 28 à 38 €/h | 35 à 45 €/h |
| Auto-entrepreneur confirmé (2 à 5 ans) | 38 à 48 €/h | 45 à 58 €/h |
| Auto-entrepreneur confirmé spécialisé (IRVE, photovoltaïque, domotique) | 45 à 58 €/h | 55 à 70 €/h |
Pour une comparaison avec les profils en société (EURL, SASU), consultez notre guide complet du taux horaire d'un électricien indépendant.
Pourquoi le tarif auto-entrepreneur est plus bas qu'un électricien en société
Trois avantages structurels permettent à l'auto-entrepreneur de facturer moins cher tout en gardant une rentabilité correcte :
Pas de TVA tant que vous êtes en franchise. Sous les seuils de franchise (37 500 € en services en 2026), vous ne facturez pas de TVA. Pour un client particulier, vos prix paraissent automatiquement 20 % moins chers que ceux d'une société de même taille. C'est un avantage prix net.
Charges sociales allégées. Vous payez 21,2 % de cotisations URSSAF sur le chiffre d'affaires en prestations de services. Une société classique paye autour de 45 % de charges sur la rémunération du dirigeant.
Pas de comptabilité lourde. Pas de bilan, pas d'IS, pas de TVA à reverser. Le temps administratif est divisé par trois.
L'ensemble fait qu'un auto-entrepreneur qui facture 40 €/h dégage un revenu net comparable à un dirigeant de SARL qui facture 55 €/h. C'est mécanique.
Le calcul du taux horaire net réel
Le tarif affiché n'est pas votre revenu. Voici ce qu'il reste réellement quand vous facturez 40 €/h en auto-entreprise.
Sur 40 € facturés HT :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Cotisations URSSAF (21,2 %) | -8,48 € |
| Impôt sur le revenu estimé (versement libératoire 1,7 % ou IR au barème) | -0,68 € |
| Carburant et déplacements (estimation horaire) | -3,00 € |
| Outillage, vêtements pro, EPI (amorti horaire) | -1,50 € |
| Assurances décennale + RC Pro (amorti horaire) | -1,20 € |
| Temps administratif non facturable (estimé à 20 % du temps total) | -7,40 € |
| Net réel par heure facturée | 17,74 € |
Sur 40 €/h facturés, il vous reste environ 18 €/h net. C'est l'équivalent d'un salaire mensuel de 2 700 € net pour 35 heures facturables hebdomadaires (sachant qu'une journée de travail réelle de 8 heures ne contient en moyenne que 5 à 6 heures facturables).
Pour calculer votre propre taux en intégrant vos charges spécifiques, utilisez notre calculateur de rentabilité horaire.
L'ACRE : ce qu'il faut savoir pour la première année
L'ACRE (Aide à la Création ou Reprise d'Entreprise) réduit vos cotisations URSSAF de moitié pendant les 12 premiers mois de votre activité, à condition de remplir certains critères (demandeur d'emploi, moins de 26 ans, ou autres situations spécifiques).
Concrètement : vos cotisations passent de 21,2 % à environ 10,6 % la première année. Sur 40 €/h facturés, vous gardez 4,24 € de plus chaque heure, soit environ 600 € de plus chaque mois pour 35 heures facturables hebdomadaires.
Demande à faire : dans les 45 jours suivant l'immatriculation, via le formulaire URSSAF dédié. Beaucoup d'auto-entrepreneurs oublient cette étape et perdent l'avantage. À vérifier dès l'inscription.
L'impact de la franchise de TVA sur votre prix
Tant que votre chiffre d'affaires reste sous 37 500 € en prestations de services (seuil 2026), vous ne facturez pas de TVA. C'est un avantage commercial direct.
Exemple : vous facturez 40 € HT sans TVA. Une société soumise à TVA qui facture 40 € HT facture en réalité 48 € TTC à son client. À prestation identique, vous êtes 20 % moins cher pour le client final.
Quand vous dépassez le seuil : vous basculez en TVA dès le premier euro au-delà de 37 500 €. Vous devez alors :
- Ajouter 20 % de TVA sur le neuf et le commercial
- Ajouter 10 % de TVA en rénovation de logements de plus de 2 ans
- Ajouter 5,5 % de TVA sur les travaux d'efficacité énergétique éligibles
- Tenir une comptabilité TVA (déclarations mensuelles ou trimestrielles)
- Pouvoir récupérer la TVA sur vos achats de matériel et de carburant
Pour beaucoup d'auto-entrepreneurs, dépasser le seuil de franchise est un cap qui demande une vraie réflexion : vous récupérez la TVA sur les achats, mais vous perdez l'avantage prix face aux particuliers.
Comment fixer votre tarif quand vous débutez
Trois erreurs courantes chez les électriciens auto-entrepreneurs en première année :
Erreur 1 : facturer 25 €/h pour rester compétitif. Si vous facturez sous 30 €/h en démarrage, vous travaillez à perte une fois toutes les charges réelles déduites. Un client qui choisit 25 €/h plutôt que 32 €/h n'aurait probablement pas signé à 28 €/h non plus. La question n'est pas le tarif horaire isolé, c'est la confiance globale.
Erreur 2 : aligner son tarif sur celui des entreprises locales. Vous n'avez pas les mêmes charges, pas la même structure, pas le même marché cible. Aligner votre tarif sur une SARL de 5 salariés vous met en compétition sur le mauvais terrain.
Erreur 3 : ne pas augmenter après 18 mois. Le tarif de démarrage devient le tarif de croisière par habitude. Si vos chantiers s'enchaînent et que vous avez une liste d'attente, votre tarif horaire est trop bas. C'est mathématique.
La règle qui marche : démarrez à 32-35 €/h en province, 38-42 €/h en zone tendue. Augmentez de 2 à 4 €/h tous les 6 à 9 mois tant que la demande dépasse votre capacité.
Présenter votre tarif horaire sur un devis
Trois pratiques observées :
Pratique 1 : tarif horaire ligne par ligne. Vous indiquez "Main-d'œuvre : 4 h x 35 €/h = 140 €" sur chaque poste. Transparent, le client comprend vite. Convient bien aux dépannages et petites interventions.
Pratique 2 : forfait par prestation. "Installation d'un tableau électrique : 850 € TTC matériel inclus." Le tarif horaire est intégré au prix sans être affiché. Convient aux chantiers de rénovation ou d'installation neuve.
Pratique 3 : taux horaire dépannage + forfait travaux. Vous facturez à l'heure les dépannages, au forfait les chantiers. C'est ce que la majorité des électriciens auto-entrepreneurs finissent par adopter.
Pour structurer vos devis avec la bonne méthode dès le démarrage, consultez notre guide du devis électricien auto-entrepreneur.
Questions fréquentes
Faut-il déclarer son taux horaire à l'URSSAF ? Non. L'URSSAF ne réglemente pas les tarifs. Vous fixez librement vos prix. Vous déclarez uniquement votre chiffre d'affaires global chaque mois ou trimestre.
Puis-je facturer un tarif différent selon le client ? Oui. Beaucoup d'auto-entrepreneurs ont un tarif "particulier" et un tarif "professionnel" différents. Vous pouvez aussi appliquer une majoration de soirée, weekend, ou urgence. Tout doit apparaître clairement sur le devis.
Mon tarif horaire doit-il être indiqué TTC ou HT ? En franchise de TVA, vos prix sont HT et la mention "TVA non applicable, art. 293 B du CGI" remplace la ligne de taxe. Pour un client particulier, le HT est aussi le prix final payé, ce qui simplifie la communication.
Comment savoir si mon tarif est trop bas ? Trois signaux clairs : votre carnet de commandes est plein 3 mois à l'avance, vous n'avez pas le temps de souffler entre deux chantiers, et votre revenu mensuel net plafonne à 2 000 € malgré 40 heures travaillées par semaine. Dans ce cas, augmentez de 3 à 5 €/h immédiatement.
Combien d'heures peut-on réellement facturer dans une semaine ? La moyenne réaliste pour un auto-entrepreneur électricien tournant à plein régime est de 30 à 35 heures facturables sur une semaine de 45 à 50 heures de travail réel. Le reste va au temps administratif, aux déplacements, aux devis non signés et aux imprévus.
Que se passe-t-il si je dépasse le seuil de franchise TVA en cours d'année ? Vous devenez redevable de la TVA dès le mois de dépassement (avec un tolérance jusqu'à 41 250 € qui prolonge la franchise jusqu'au 31 décembre, sous conditions). Au 1er janvier suivant, vous facturez avec TVA et tenez une comptabilité de TVA. Beaucoup d'auto-entrepreneurs anticipent ce basculement en montant une EURL ou SASU à ce moment-là.