C'est l'une des questions les plus posées dans les groupes d'électriciens indépendants : "combien vous facturez de l'heure ?" Les réponses varient énormément — de 35 € à 95 € selon les profils, les régions et les spécialités. Mais derrière cette dispersion se cache un problème plus profond : beaucoup d'électriciens indépendants fixent leur taux horaire sans avoir fait le calcul.
Le résultat : ils sous-facturent. Parfois de 20 %, parfois de 40 %. Ils ont l'impression de bien travailler, leur carnet de commandes est plein, mais en fin d'année le bénéfice est décevant. Ou pire, ils dégagent un revenu net insuffisant malgré un chiffre d'affaires honorable.
Ce guide vous donne la méthode pour calculer votre taux horaire réel — celui qui couvre réellement toutes vos charges et vous garantit le revenu net que vous souhaitez.
Ce que vous devez couvrir avec votre taux horaire
Avant de parler chiffres, il faut comprendre ce que votre taux horaire doit couvrir. La plupart des électriciens pensent à leurs charges sociales et à leur salaire net. Mais la liste est bien plus longue :
- Revenu net souhaité — ce que vous souhaitez vous verser chaque mois après impôts et charges
- Charges sociales — environ 22 % du chiffre d'affaires en auto-entrepreneur, 45 % environ en EURL ou SASU (car vous cotisez comme salarié)
- Impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés — selon votre régime fiscal
- Assurance RC Pro et décennale — de 1 000 à 3 000 € par an selon votre volume d'activité
- Véhicule et carburant — amortissement, assurance, entretien, carburant ; comptez 0,40 à 0,60 € par kilomètre parcouru
- Outillage et matériel de protection — renouvellement annuel, réparations, EPI
- Formation et certification — habilitation électrique à renouveler, QUALIFELEC si vous l'avez
- Temps non facturable — et c'est là que beaucoup sous-estiment leur taux
Ce dernier point est crucial. La semaine de travail d'un électricien indépendant ne se résume pas au temps passé sur le chantier. Il y a tout le reste.
Un électricien qui travaille 39h/semaine ne facture en réalité que 28 à 32h. Le reste, c'est de l'administratif, des déplacements et des devis gratuits.
Le temps non facturable, c'est :
- Les devis : visite de chantier, rédaction, relances — souvent 30 à 45 minutes par devis, et tous les devis ne se signent pas
- Les trajets entre le domicile et le chantier (pas facturés sur certains marchés)
- Les achats en négoce — commander par téléphone ou en ligne c'est du temps, aller chercher en agence c'est encore plus
- La comptabilité, la facturation, les relances impayés
- Les appels téléphoniques clients (avant et après chantier)
- Les pannes ou imprévus administratifs
En pratique, sur une semaine de 39 heures, un électricien indépendant facture en moyenne 28 à 32 heures. Le reste est absorbé par les tâches non productives. Si vous ne tenez pas compte de ce ratio dans votre taux horaire, vous travaillez gratuitement pendant 7 à 11 heures par semaine.
La formule de calcul du taux horaire
Voici la méthode en trois étapes pour calculer votre taux horaire minimal.
Étape 1 : calculez vos heures facturables annuelles
Partez du nombre de semaines travaillées dans l'année.
- 52 semaines - 5 semaines de congés payés - 1 semaine de jours fériés = 46 semaines effectives
- 46 semaines × 39h = 1 794 heures de travail brutes
- Ratio de facturation : 28 à 32h facturées sur 39h travaillées = taux de productivité de 72 à 82 %
- Heures facturables annuelles : 1 794 × 75 % (moyenne) = ~1 346 heures facturables
Étape 2 : calculez vos charges annuelles totales
Prenons un exemple avec un objectif de revenu net de 3 000 €/mois :
- Revenu net souhaité : 3 000 €/mois × 12 = 36 000 € nets
- Charges sociales EURL (45 %) : pour toucher 36 000 € nets, il faut que le bénéfice avant charges sociales soit environ 65 000 € (36 000 / (1 - 0,45) ≈ 65 450 €)
- RC Pro + décennale : 1 800 €
- Véhicule et carburant : 8 000 € (20 000 km × 0,40 €)
- Outillage et amortissements : 2 500 €
- Comptabilité, logiciels : 1 500 €
- Téléphone, internet professionnel : 800 €
- Formation, habilitations : 600 €
- Total des charges fixes hors rémunération : ~15 200 €
Chiffre d'affaires nécessaire = revenu avant charges (65 450 €) + charges fixes (15 200 €) = 80 650 €
Étape 3 : divisez par les heures facturables
Taux horaire minimal = CA nécessaire / Heures facturables
80 650 € / 1 346 h = 59,9 €/heure HT
Soit environ 60 €/h HT. Si vous facturez 45 €/h, vous sous-facturez de 25 % et vous ne vous payez pas le revenu que vous souhaitez. Vous travaillez peut-être "à fond" toute l'année, mais vous dégagez 2 000 € net par mois au lieu de 3 000 €.
En auto-entrepreneur avec des charges allégées et un objectif de revenu de 2 500 €/mois, le calcul mène à environ 45-50 €/h. C'est cohérent avec la fourchette basse du marché pour un auto-entrepreneur débutant ou sans qualification particulière.
Fourchettes de marché 2026
Pour situer votre taux horaire par rapport au marché, voici les fourchettes constatées en 2026 :
| Profil | Taux horaire HT | Région |
|---|---|---|
| Auto-entrepreneur débutant | 35–45 €/h | Province |
| Artisan expérimenté | 45–65 €/h | Province |
| Artisan expérimenté | 55–80 €/h | Île-de-France |
| Spécialiste (domotique, IRVE) | 65–95 €/h | Toute France |
Ces fourchettes sont indicatives. En dessous de 40 €/h, il est très difficile de dégager un revenu décent une fois toutes les charges comptées, sauf en auto-entrepreneur avec de très faibles frais fixes.
En Île-de-France et dans les grandes métropoles, les coûts fixes sont plus élevés (véhicule, loyer du local si vous en avez un, charges de vie), et la clientèle accepte des tarifs plus élevés. Un électricien parisien qui facture 55 €/h est en réalité moins bien positionné qu'un électricien de province à 50 €/h si ses charges fixes sont 30 % plus élevées.
Cette remarque mérite d'être développée. Les clients qui choisissent systématiquement l'électricien le moins cher sont souvent les plus exigeants, les plus lents à payer, et les plus prompts à déposer des avis négatifs si quelque chose ne va pas. À l'inverse, les clients qui valorisent le sérieux, la réactivité et la qualité acceptent un tarif honnête sans négocier au centime.
Votre positionnement tarifaire communique votre positionnement de qualité. Un devis à 35 €/h peut inquiéter un client sérieux qui se demande si vous avez bien les qualifications et les assurances. Un devis à 60 €/h chez un artisan qui présente bien, répond rapidement et envoie un devis professionnel et détaillé inspire confiance.
Comment présenter votre taux horaire sur un devis
La plupart des électriciens n'affichent pas leur taux horaire directement sur leurs devis clients. À la place, ils présentent soit :
- Des forfaits par prestation : "Remplacement tableau électrique — forfait 850 €"
- Des lignes par type de travaux : "Pose 6 prises double — 240 €", "Câblage tableau divisionnaire — 320 €"
Cette présentation est préférable pour plusieurs raisons. Elle évite que le client compare votre "tarif horaire" à celui d'un concurrent sans comprendre que la qualité, les assurances et la réactivité varient. Elle vous protège aussi des discussions sur le temps passé : si vous avez cité un forfait, peu importe que vous ayez mis 2 heures ou 4 heures.
En revanche, vous avez besoin de connaître votre taux horaire pour construire vos forfaits de manière rentable. Si vous savez qu'un remplacement de tableau prend en moyenne 6 heures main-d'œuvre à votre taux de 60 €/h, vous pouvez fixer votre forfait à 360 € de main-d'œuvre, plus les matériaux avec marge, et savoir que vous êtes rentable.
Calculez votre taux horaire idéal
Entrez votre objectif de revenu net, vos charges et vos heures travaillées. Notre calculateur fait le reste.
Calculer mon taux horaire →Intégrer votre taux horaire dans vos devis
Une fois que vous connaissez votre taux horaire, l'étape suivante est de le formaliser dans votre processus de devis. Dans ElecDevis, vous pouvez créer un catalogue de prestations avec vos prix unitaires — qui intègrent implicitement votre taux horaire — et l'appliquer automatiquement à tous vos devis.
Vous n'avez plus à recalculer à chaque fois : vous savez que "pose d'une prise double encastrée" = X euros, "installation d'un point d'éclairage avec boîte de dérivation" = Y euros, parce que vous avez fait le calcul une fois proprement. Résultat : vos devis sont cohérents, votre marge est prévisible, et vous évitez les sous-facturations par oubli.
Pour aller plus loin sur la structure des devis, lisez aussi notre guide Comment chiffrer un devis électricité sans sous-facturer et notre article sur les prix d'une installation électrique en 2026 pour calibrer votre positionnement par rapport au marché.